Retraite Vipassana : la méthode pour atteindre la pleine conscience

Tout le monde peut mettre la main à la pâte pour avancer dans une dynamique durable, digne, solidaire. Mais personne n’est à l’abri d’un craquage. Cette frénésie nous coûte, nerveusement, émotionnellement, psychologiquement. Il est donc juste de se demander si, parfois, la solution n’est pas de faire un pas de côté, et de sortir de ce maelström en s’immergeant en soi, le temps de se connaître, se comprendre, se maîtriser, afin d’interagir plus harmonieusement avec son environnement, pour mieux le faire progresser. Dans une société qui dérive sans autre gouvernail que ses passions, dopée à l’ego et à la nourriture travestie chimiquement, beaucoup s’échinent à trouver des solutions pour redresser la barre, freiner le dérèglement climatique, aider ceux qui en pâtissent. Open Your bénit ces démarches et ceux qui en sont à l’origine.

Crédit illustration : Aude Mermilliod

La méditation en pleine conscience : la nouvelle solution

Cette expression, dérivée de l’enseignement de Siddharta Gautama, désigne la conscience vigilante de ses propres pensées, actions et motivations. L’enseignement bouddhiste affirme que c’est un facteur essentiel pour la libération, ou éveil spirituel. Plus concrètement, à l’époque du bruit permanent dans laquelle nous évoluons, cette technique de méditation permet de mieux gérer son stress, ses émotions négatives, et d’éviter de sombrer dans les méandres d’une déprime, parfois tentante, souvent stérile.

Aude Mermilliod, auteure de bandes dessinées, blogueuse voyageuse de 30 ans, répond aux questions d’Open Your pour vous guider vers ce sentier lumineux.

Aude, qu’est-ce qui t’a lancée sur le sentier de la pleine conscience ?

Aude : Mes impuissances ! Comme lorsque tu constates tes failles, et que tu manques d’outils pour les combler. J’ai fait une thérapie de deux ans entre mes 25 et mes 27 ans, mais j’en suis arrivée à un point de ma vie où je n’ai plus envie de résoudre de façon intellectuelle ces impuissances, je voulais apprendre à mettre du bonheur concrètement dans ma vie.

Quelques détails sur la retraite Vipassana que tu as faite ?

C’est dur de faire court ! En simplifiant, Vipassana est une technique de méditation, elle n’est pas liée à une religion. Elle est la forme de méditation qu’a développée Bouddha. Face à cette évidence : il y a de la souffrance en chaque être humain, notre bon Gautama s’est demandé comment l’éradiquer. Il s’est assis sous un arbre, et a constaté qu’être conscient de ses sensations, les observer sans les juger et être équanime*, à savoir ni dans l’aversion ni dans l’avidité… hé bien cela menait tout bonnement à l’éveil. Il a donc passé sa vie à enseigner cette technique toute simple.

Les cours durent 10 jours, dans le silence, sans contact visuel avec les autres, et comportent 10 h de méditation quotidienne, après s’être levé à 4 h du matin. Le silence et le fait de ne pas pouvoir emporter quoi que ce soit pour lire ou écrire n’est pas une façon sadique d’enquiquiner le méditant. C’est dans le but de créer une bulle dans laquelle vous ne serez pas distrait, vous serez face à vous-même, et les progrès seront bien plus rapides dans votre pratique.

Comment t’y es-tu sentie ?

Je n’ai pas rencontré de soucis majeurs pour ce qui est de la pratique de la méditation, mais j’ai eu quelques bouffées d’angoisses nocturnes ; on est vraiment seul face à soi. Mais c’est merveilleux ! On a donc plein d’exercices pratiques qui s’offrent à nous, plein d’occasions d’utiliser la pleine conscience pour se défaire de nos peurs.

En quoi cela t’a changée ?

Ça me rappelle ce que je disais à mes lectrices vis-à-vis du voyage solo : on voit des changements immédiats, mais c’est surtout sur le long terme, dans la pratique, que les choses bougent en profondeur. Donc dans l’immédiat, j’ai dû faire face à ma solitude, à mes difficultés à m’endormir, à un manque de lâcher-prise dans mon couple. Dans le long terme, je vois que je suis moins impatiente, et plus efficace dans mon travail.

Peux-tu nous raconter en quelques mots ce qui se passe quand tu médites ?

Je commence toutes mes méditations par Anapana, comme on te l’enseigne durant la retraite les 3 premiers jours. Cela consiste à te concentrer uniquement sur les sensations à la base de tes narines, avec le souffle. Déjà, ça permet de calmer l’esprit. Je médite le matin à 6 h 30, dans le noir, cela me met déjà dans un état de quiétude très reposant. Ensuite je scanne mon corps, le cœur de la méditation Vipassana, je l’observe, je me promène dans mes sensations en affûtant mon esprit. L’extérieur existe mais il ne me concerne plus. Cet état de conscience calme est vraiment précieux, et il devient de plus en plus précis avec le temps.

Crédit illustration : Aude Mermilliod

As-tu déjà ressenti une forme d’épiphanie, de révélation, ou d’état de grâce ?

Dans Vipassana, on t’enseigne à être équanime*, que l’équanimité* est la clé de tout. On est ni dans l’avidité, ni dans l’aversion, on est au-dessus. Donc il ne faut surtout pas être en quête d’un quelconque état. J’ai souvent maintenant une belle sensation de plénitude, de liberté, quand je suis vraiment dans l’instant présent. Mais je ne suis pas non plus déçue si je constate de l’agitation en moi, ou un bavardage mental. La déception ajoute de la souffrance, ce qui revient à courir dans le sens opposé du but recherché.

Et au quotidien, cela t’aide-t-il ? De quelles manières ?

Au quotidien, cela permet de mettre en action ce que tu vis physiquement lorsque tu médites. Une douleur passe, une agitation, un bruit qui te gêne ? Tu le regardes sans réagir, sans t’en vouloir, sans en vouloir au reste du monde. Dans le quotidien, je constate que parfois, cela se répercute dans des petites choses. Je suis moins vite stressée, énervée, je cherche moins à gagner du terrain, je suis plus sûre de moi. Je suis également moins avide d’acheter, de posséder. La méditation t’enseigne l’impermanence, alors ça t’éloigne aussi des addictions telles que la bouffe ou les achats compulsifs !

Est-ce que tu en parles autour de toi ? Comment les gens réagissent ?

Oui j’en parle ! J’ai dû faire un peu de chemin car je viens d’une famille très cartésienne, avec un père prof de philo. Donc je pense qu’il a dû croire que j’allais intégrer une secte. La méditation que j’ai choisie n’est pas sectaire, ça rend donc le dialogue plus simple. On peut parler de pleine conscience sans que cela ne touche à un culte. Il n’y a pas besoin de grigri ou de gourou, il suffit de prendre conscience de son corps. C’est audible pour les sceptiques. Et je constate que la plupart des gens sont curieux ; il y a un besoin de calme inhérent à notre société qui est de plus en plus palpable.

Penses-tu que c’est une arme pour l’élévation consciente de l’Homme et donc une gestion plus sage, respectueuse de lui-même, de son environnement et de ses ressources ?

Tout à fait ! Il y a une vraie urgence à ralentir, à observer, et à bouger le curseur du bonheur pour qu’il cesse de n’être que sur la possession matérielle. Pratiquer la méditation en pleine conscience te fait aussi comprendre que tu n’es pas éternel, que tout bouge. On est centré sur soi durant la méditation, mais elle mène à une compassion immense, elle permet petit à petit de voir le monde avec des yeux neufs, compatissants, bienveillants. Il est plus compliqué après de se mettre les œillères habituelles dans nos mauvaises habitudes écologiques par exemple. Sans s’en vouloir, on peut observer sa vie et décider d’en faire un peu bouger les lignes.

Est-ce que cette démarche s’inscrit dans une dynamique personnelle plus large ?

Depuis trois ans, je voyage beaucoup, j’écris des livres, je fais de la biodanza**, et maintenant la méditation. Comme beaucoup de gens de mon âge, je me sens dépassée par les actualités, par les horreurs écologiques et sociétales… Et comme beaucoup de monde, j’ai souvent trop de peine pour regarder ces réalités en face quotidiennement. En revanche, je ne veux pas rester les bras croisés, mais pour ce faire j’ai besoin de voir le positif. J’ai donc décidé de mettre le plus de bonheur possible dans ma vie, afin de le redistribuer autour de moi. On manque parfois cruellement de spirituel, la méditation permet de se rapprocher de soi-même sans dogmes, sans cultes, juste avec la préciosité de l’instant présent.

NDLR :

* L’équanimité est l’égalité d’âme, d’humeur ; une disposition affective de détachement et de sérénité à l’égard de toute sensation ou évocation agréable ou désagréable.

**La biodanza est une danse qui permet le rapprochement entre les gens, la compassion indifférenciée.

 

Pour commencer la médiation guidée :

L’application Petit Bambou

Le livre Méditer, jour après jour de Christophe André éditions L’iconoclaste

 

 


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