Hérétique vs Érotique : une utopie pirate romantique.

 

L’histoire que nous commençons aujourd’hui, et qui durera deux épisodes est celle des pirates.
La piraterie qui nous intéresse naît de la découverte du Nouveau-Monde, découverte qui signe la fin du Moyen-Âge en 1492.

Pour quelle raison a-t-on choisi cet épisode pour mettre fin au Moyen Âge ?
Et par la même occasion, pourquoi a-t-on choisi la mise à sac de Rome par les Wisigoth en 476 de notre ère pour arrêter l’Antiquité ?

Alaric 1er et sa horde de « barbare » pille Rome en 476 : fin de l’Antiquité, début du Moyen Âge.
Christophe Colomb découvre les Amériques en 1492 : fin du Moyen Âge, début des temps modernes.

C’est sans doute un choix historique, et évidement symbolique.

Pour essayer de comprendre un peu mieux, faisons un pas de côté.

Lorsque les barbares attaquent Rome, l’Empire est déjà à l’agonie, immense, difficilement gouvernable — des cultures et des religions diamétralement opposées — criblé par la corruption. Alaric ne fait que porter le coup de grâce à un Empire déjà à genoux.
C’est ensuite que les choses deviennent intéressantes, puisque l’Antiquité étant par définition l’époque où naissent et se construisent les civilisations par le langage, l’art, les lettres, la philosophies, les mathématiques et tout un panel de sciences censé enrichir l’humain.

Cette Antiquité se termine dans le vice et la brutalité « barbare ». On rentre alors dans une époque, le Moyen Âge, où les civilisations vont toutes se forger, à peu près, sur le même modèle : celui imposé par la religion chrétienne.
D’ailleurs, pour rester bien ancrés dans la religion, durant ces siècles, les barbares seront ces civilisations ayant un dieu différent.

On passe du polythéisme au monothéisme.

Au lieu d’avoir plusieurs dieux, on en a qu’un et pourtant, même avec un seul, il sera très présent en Europe.
Le jugement de dieu, la colère de dieu, la paroles de dieu, la trêve de dieu… Martyr, démon, anges, ferveur, exaltation, saints, excommunication. Il faut croire en Dieu, sinon hérésie, pénitence, bûcher, expiation des pêchés exultés les hommes de l’époque.

Alors pourquoi ne pas se dire plutôt que le Moyen Âge commence évidemment avec le pillage de Rome, mais surtout qu’il est le début d’une foi obscurantiste, aveugle et éperdue qui durera 1000 ans.

Comme si en changeant d’époque, on changeait de croyance, de conviction, de dogme, de doctrine ?

Pendant toute la période de l’Antiquité qui durera plus de 3000 ans, les hommes vivent avec les dieux : quelques écrits et beaucoup d’oralité. Le judéo-christianisme, amène le monothéisme !

Un seul dieu, un seul livre et un seul homme : Yahvé, la Bible, Adam.

Si l’on regarde la Bible, on s’aperçoit dès la Genèse, que le rapport entre l’humain (Adam) et le divin (Yahvé) est plutôt binaire, comme sont binaires l’homme et la femme, le bien et le mal, la vie et la mort, Caïn et Abel… le choix entre un ou deux, pas plus.

Les religions polythéistes de l’Antiquité étaient beaucoup plus riches à cet égard.
Il n’y avait pas « un » dieu, comme il n’y avait pas « un » homme. Il y avait plusieurs dieux, qui s’adressaient à plusieurs hommes.

Alors que le lien humain-divin est très fort durant l’Antiquité, il n’est pas aussi accaparant qu’il ne pourra l’être dans le Moyen Âge.

Lorsque Dieu crée l’homme à son image :
Genèse 1:27 « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. »

Lorsqu’il se confronte à lui :
Genèse 3:22 « L’homme est devenu comme l’un de nous pour la connaissance du bien et du mal. »

Lorsqu’il le craint :
Genèse 3:22 « Maintenant, empêchons-le de tendre la main, de prendre aussi du fruit de l’arbre de vie, d’en manger et de vivre éternellement ! »

Les religions de l’Antiquité ne créent pas de lien aussi ambiguë entre l’homme et le dieu. Comment un simple homme, qui vient de « naître », nu comme un vers, pourrait-il se retrouver face au dieu tout puissant ? Impensable.

La religion chrétienne place l’individu, et non pas l’humain, au centre et en l’occurrence face à Dieu.

Une relation basée entre un « ego » et un dieu, à l’image de ces scènes de la Genèse où Yahvé et Adam conversent d’égal à égal. N’est-ce pas un peu extravagant ?

Dans la mesure où le rapport à Dieu devient une sorte de huis-clos entre Lui et Moi, et non plus, comme l’était les grandes religions polythéistes de l’Antiquité, une spiritualité « publique ». Il me semble que dans ce rapport, la religion a eu comme effet d’accroître le sentiment d’égoïsme de l’individu.

Et alors que la religion judéo-chrétienne a ouvert la porte de l’accomplissement spirituel personnel, est-ce qu’on ne pourrait pas se poser la question de savoir s’il n’est pas d’une certaine façon aux origines de l’égoïsme du gain financier.

Pas pour tout le monde, mais pour les nobles, le clergé et la bourgeoisie.

Moi, homme, seul face à ce dieu beau, grand, pourquoi ne pourrais-je pas être moi-même aussi magnifique que lui et briller de mille lumières et de mille ors comme lui. Je vous l’accorde c’est quelque peu excentrique ! Mais il me semble que cette religion judéo-chrétienne, a pour effet de shunter l’Autre, pour ouvrir le chemin divin entre Moi et Dieu : quelque chose de très égotique. 

Un passage de l’intérêt général à l’intérêt personnel.

Précipitant, et peut-être de manière inconsciente, la naissance de la « richesse spirituelle » comme dans le Moyen Âge, vers une « richesse matérielle » cette fois-ci dans les temps modernes.

Sous le Moyen Âge, l’humain est aspiré sous le joug de la religion.
Sous les temps modernes, il le sera sous le joug de l’argent et du profit.

 À ce titre il nous est apparu intéressant de raconter l’histoire de ces pirates, une poignée d’hommes qui se sont affranchis du capitalisme, de la finance et plus généralement de la sujétion des États et de leurs carcans, en se proclamant libres et maîtres de leur destin.

Apparaissent dans ces micro-sociétés pirates, organisées sous forme de démocratie, qu’elles soient en mer ou sur terre, des idéaux, une utopie, des rêves.

Pour aller plus loin 

Concernant le polythéisme :

  • Pour les plus courageux, je vous conseille de jeter un coup d’œil à la Théogonie d’Hésiode (théogonie = la naissance des dieux et par extension du monde).
  • Écouter quelques enregistrement de Jean Pierre Vernant sur le mythe et le symbole.
  • Aller voir les conférences hebdomadaires à venir de Vinciane PIRENNE-DELFORGE au Collège de France sur le polythéisme (tous les jeudis jusqu’à mi-avril)
  • Ou réécouter les précédents.

Concernant les pirates :

  • ARRÊTER DE REGARDER « PIRATE DES CARAÏBES ».
  • Regardez plutôt « Bounty » avec Mel Gibson et Anthony Hopkins.
  • Niveau lecture, associez une Histoire générale des fameux pirates de Defoe, avec une dose de Pirate de tous les pays de Rediker et vous aurez un cocktail réussi.


Bibliographie :

Une histoire populaire des États-Unis : de 1492 à nos jours de Howard Zinn éd.Agone
Les chemins de fortune : Histoire générale des plus fameux pyrates, I de Daniel Defoe éd.Libretto
Le grand rêve flibustier : Histoire générale des plus fameux pyrates, II de Daniel Defoe éd.Libretto
Pirates de tous les pays : l’âge d’or de la piraterie atlantique de Marcus Rediker éd.Libertalia

Histoire de la flibuste de Georges Blond éd.Tallandier

Passez le mot à votre
entourage, votre réseau.
Partagez ce podcast.

Dernières émissions