Irving Penn en profondeur

Irving Penn, photographe de génie, est l’une des figures majeures de la photographie. Tantôt novateur, tantôt académique, il possède une esthétique sobre et efficace. Ses mises en scène confèrent à son travail un aspect narratif où chaque détail participe à la construction d’une histoire, à la révélation d’une personnalité, par la lumière, le charisme et la composition du sujet. Photographe de mode, son travail pour Vogue sera varié. Photographies de mode, séries thématiques et natures mortes constitueront la majeure partie de son œuvre.

Autoportrait – Irving Penn

J’ai toujours été fasciné par l’appareil photo. Je le reconnais pour l’instrument qu’il est, mi-stradivarius, mi-scalpel — Irving Penn.

De l’étudiant à l’artiste

Irving Penn est un jeune photographe lorsqu’il s’installe à New York. Après avoir suivi des études de design sous la direction de Brodovitch en Pennsylvanie et d’avoir, un temps, été graphiste pour le Pennsylvania Museum & School of Industrial Art.
À 21 ans, il ouvre son studio sur la cinquième Avenue et simultanément devient l’assistant de son ancien professeur, le photographe et designer Alexey Brodovitch, photographe pour la mythique revue Harper’s Bazaar.

En 1943, soit cinq ans après son installation new-yorkaise, le nouveau directeur artistique de Vogue, Alexander Liberman recrute Irving Penn pour intégrer l’équipe des photographes du magazine de mode. Il fait sa première couverture la même année avec Nature morte au bœuf. S’ensuivront 164 couvertures, plus qu’aucun autre photographe.

Irving Penn en Vogue

Il publiera pour Vogue de nombreuses natures mortes, qui, par leur composition, sont des instantanées d’histoire, où chaque détail compte et apporte du corps à cet élan narratif. Contrairement à ses photographies représentant des personnes, il a régulièrement recours à la couleur.

Alfred Hitchcock New York, 1947

La revue commande à Irving Penn, en 1950 une série, intitulée Small trades (Les petits métiers) où il réalise des photographies de personnes de tous les horizons dans leur tenue de travail, car c’est ça qui intéresse le photographe, le métier et son uniforme incarné par ces personnes qui effectuent au quotidien des petits métiers. Ils sont recrutés dans les rues de Paris, Londres ou encore New-York. Cette série, très importante, a été exposée au Getty Museum et à la Fondation Cartier-Bresson en 2010. Ces publications dans Vogue assoient la notoriété du photographe. Cette reconnaissance lui vaudra de nombreuses sollicitations de la part des stars de l’époque. Contrairement à Herb Ritt, très porté sur le portrait, Irving Penn s’applique à mettre en scène ses sujets dans leur posture, leur habillement ou déguisement et leur regard afin de faire ressortir leur personnalité. Il immortalise Stravinsky, Truman Capote, Picasso, Yves Saint Laurent, Noureev, Al Pacino, les icônes Marlène Dietrich et Audrey Hepburn, Hitchcock, Cocteau ou encore Miles Davis.

J’ai toujours pensé que nous vendions des rêves, pas des vêtements — Irvin Penn.

La personnalité du sujet

L’identité et l’esprit du sujet, c’est bien ce à quoi Irving Penn s’emploie à capter dans son travail tant pour Vogue, que dans ses nus ou dans ses photos de célébrités. Ses photographies de mode sont intimistes par le cadrage, feutrées par le travail de la lumière et du fond et expressives du fait des poses et des regards. Ces photographies de mode n’ont pas pour objectif d’être centrée sur les vêtements, mais bien sur le modèle. La tenue devient un outil scénaristique visant à révéler avec grâce la personnalité féminine qui se trouve face à lui.

Dans la photographie de portrait, il y a quelque chose de plus profond que nous cherchons à l’intérieur d’une personne, […] l’intérieur n’est enregistrable que dans la mesure où il est apparent à l’extérieur… Très souvent, ce qui se cache derrière la façade est rare et plus merveilleux que le sujet ne sait ou n’ose le croire — Irving Penn.

Son travail avec les femmes est central dans son œuvre, de par son rôle chez Vogue mais aussi dans ses photographies ethniques ou de nus. Il joue sur les courbes et les formes, pour faire ressortir chez elles leur force de caractère, leur grâce et leur vie. Il ne dissimule pas, il n’use d’aucun artifice pour lisser ses sujets, au contraire il sublime. Des rides aux formes de la maternité, il s’attache à faire ressortir l’identité et la personnalité de ces femmes, qui, dans son studio, sont naturelles car libres de toute contrainte sociétale.
Irving Penn, immortalise le naturel, la profondeur d’âme dans ses photographies, il glorifie la femme avec grâce et authenticité.


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